Réduire l’espace publicitaire pour lutter contre le réchauffement climatique

Alors que la prise en compte des émissions indirectes semble de plus en plus évidente dans la construction des politiques de transition énergétique, la réglementation de la publicité doit y jouer un rôle clef.

Une augmentation de l’empreinte carbone des français

Si les émissions de gaz à effet de serre ont diminué en France depuis 1990, l’empreinte carbone des français a suivi la trajectoire inverse (de 610 mtéqCO2 en 1995 à 680 mtéqCO2 en 2015) . La consommation toujours plus importante de services et de biens importés (en particulier vêtements et produits électroniques importées d’Asie 1) est à l’origine de cette augmentation. Le décalage entre les émissions du territoire et les émissions importées est particulièrement fort en France, par rapport au reste de l’Union européenne : l’empreinte carbone totale était 51 % supérieure aux émissions du territoire en 2011, contre 19 % en moyenne dans le reste de l’UE, 11 % en Allemagne ou 30 % au Royaume-Uni.

Logiquement, les acteurs de la transition énergétique et climatique se mobilisent aujourd’hui pour la prise en compte des émissions indirectes afin d’avoir un indicateur plus juste du changement de comportement. La sobriété constitue le premier pilier de la transition énergétique : il s’agit de la suppression des gaspillages et des consommations inutiles.

Des messages contraires (et irresponsables)

Alors que les pouvoirs publics investissent des sommes importantes pour modifier les comportements en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, de promotion de l’efficacité énergétique, pour la réduction des déchets, la réduction de l’utilisation de la voiture, etc., les messages publicitaires poussent au contraire à consommer davantage. Ainsi, malgré les discours des grandes marques, les orientations publicitaires ne varient finalement peu : promotion des modes de transport polluants (avion, SUV, etc.), pratique de l’obsolescence programmée, encouragement à la consommation

Publicité d'Easyjet encourageant le trafic aérien

L’influence de la publicité

La publicité a une influence sur chacun de nous, même les plus avertis comme l’ont montré de nombreuses études. L’omniprésence de la publicité rend inaudible les messages, aujourd’hui timides, de sobriété des pouvoirs publics (agence, collectivités, état) et bien souvent les contredits. Les supports publicitaires sont notamment présents sur la voie publique et les citoyens y sont très fortement exposés 2. Le match est clairement déséquilibré : les investissements sur le marché publicitaire s’élèvent à 11 milliards d’euros, dont 1,2 mds pour la publicité extérieure. Il est probable que les messages sur la sobriété ne représentent pas un pourcent de cette somme.

Campagne Cdiscount : mon vieil ordinateur fonctionne encore, mais un accident est si vite arrivé - source : photo issue du compte twitter du député Matthieu Orphelin - 6 février 2018

Réglementer la publicité extérieure en cohérence avec les politiques publiques de transition

En dehors de la loi Evin, les atteintes au maintien de l’ordre public ou tout autre délit sanctionné par la loi pénale, les publicitaires sont libres quant aux choix et la formulation de leurs messages. Les pouvoirs publics peuvent par contre agir sur l’affichage. En effet, « Les publicités, enseignes et préenseignes, qu’elles soient implantées sur une dépendance du domaine public ou sur une parcelle privée, dès lors qu’elles sont visibles d’une voie ouverte à la circulation publique, doivent respecter les dispositions législatives et réglementaires du code de l’environnement et, le cas échéant, le règlement local de publicité (intercommunal)» 3 (source : Guide pratique - La réglementation de la publicité extérieure - Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie).

La réussite de la mise en place de la transition énergétique semble donc passer aujourd’hui par une réglementation beaucoup plus stricte de la publicité. Si les pouvoirs publics veulent prendre en compte et agir sur les émissions indirectes liées à notre surconsommation, il est nécessaire de réduire l’espace accordé à la publicité. Les collectivités disposent pour cela des règlements de publicité qui pourront appuyer les orientations de leurs Plans climat (PCAET).



  1. 20 millions de smartphone vendus en France en 2016 contre 2,7 millions en 2009 (source : GFK) 

  2. Source : L’institut américain Media Dynamics estime l'exposition publicitaire d'un être humain à 362 messages en moyenne par jour (https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/comment-repenser-son-impact-publicitaire-avec-l-affichage-dynamique-747888.html) 

  3. Avec la loi ENE, la procédure d’élaboration du RLP est aligné sur celle du PLU. Le principe est désormais d’établir un RLPi lorsque les communes sont membres d’un EPCI à compétence PLU. Lorsque l’EPCI n’est pas compétent en matière de PLU, il peut malgré tout élaborer un RLPi à la condition que les communes membres délibèrent en vue de lui transférer leur compétence RLP dans les conditions de majorité requises par l’article L.5211-17 du CGCT. 

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